26 3 / 2012
Anecdotik: Les cadenas de Paris
Ferme ton coeur, accroche le à cette grille.
Non pas comme tous ces couples qui dureront le temps d’un été, le temps de la rouille qui se dépose dans les rouages, dans la serrure, dans le mécanisme bien huilé pour finir par se gripper.
Il faut résister à la pluie, au vent, à la neige même…
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20 2 / 2012
“La Résistance pour moi ça n’existait pas. Il n’y avait pas de mot comme ça pour moi. Il y avait ce que me dictait de faire mon tempérament naturel. Mon tempérament naturel, c’est lorsqu’il vient un petit chat dans mon jardin qui a été jeté, que ce petit chat est malheureux, je lui donne à manger. C’était exactement du même ordre. Ca n’avait rien à voir ni avec les Allemands, ni avec les Français, ni avec les Anglais, ni avec les Chinois… !”
22 1 / 2012
C’est pas pareil.
Chez moi, chez nous, à la maison. Tous ces lapsus qui en disent long sur notre individualité forcenée, nos désirs, nos habitudes, la place qu’a l’autre, qu’il prend ou qu’on lui laisse.
Moi qu’on voudrait tant faire vivre avec, je vis à côté et c’est beaucoup mieux, on se tient le doigt, la main comme les autres mais c’est plus doux, plus joli.
Moi je ne veux pas vivre avec, ensemble, moi j’aime vivre à côté parce que je pourrais vivre sans mais que je fais un choix, sans cesse renouvelé.
Les années qui passent me rendent plus individualiste encore, me fondre dans la masse du avec et du ensemble, c’est sans doute très romantique, c’est surtout très aliénant.
L’homme qui ne serait pas libre, je ne pourrais pas l’aimer, et par libre j’entends, l’homme où je me reconnaîtrais, l’homme qui aurait tant investi à vivre avec moi qu’il ne serait plus lui en totalité, je ne pourrais pas l’aimer.
Alors c’est chez moi et c’est chez toi, c’est difficilement chez nous, c’est souvent la maison. Les lieux sont les mêmes, l’adresse est la même mais nous n’y plaçons pas les mêmes choses, mon bureau n’est pas le tien, ton bazar n’est pas le mien, tu vis dans deux pièces et je m’approprie tout l’espace.
Je ne veux pas vieillir avec toi, je ne veux pas finir mes jours avec toi. Je veux qu’on meurt côte à côte.
Ce n’est vraiment pas pareil.
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16 1 / 2012
Le diktat du corps
J’ai toujours suivi les diktats de mon corps.
Quand il me dit “mange du fromage”, je mange du fromage, quand il me dit de m’arrêter je m’arrête, quand il me dit de dormir je dors, j’ai parfois des envies que je trouve incongrues comme avaler le bocal de cornichons à 17h et que je respecte (presque) tout le temps.
J’ai été élevée dans la liberté du corps, dans le non-tabou de la nourriture, de la paresse, de l’excitation, de l’enthousiasme. J’ai été élevée et j’en remercie mes parents, dans la parole, même corporelle. Que si je ne réussissais pas à m’exprimer verbalement, mon corps parlerait pour moi et que ce n’était pas grave. C’était seulement une autre façon de s’exprimer et elle valait autant qu’une autre.
C’est ainsi que j’ai vite compris que mes douleurs n’étaient pas une somatisation quelconque d’un traumatisme quelconque. Que c’était plus important que ça.
C’est ainsi que quand mon corps rejette, je l’écoute, j’arrête, je fais une pause, n’importe quoi mais je ne force pas.
Je suis persuadée que mon corps me dicte mes attitudes selon mes besoins, en vitamines, en sommeil, en minéraux. De lui-même, il sait ce qu’il me faut et m’envoie des impulsions. Et ça fonctionne, sauf énorme carence.
C’est ainsi que je n’ai jamais eu de problème de poids, que mes “régimes” ne dépassent jamais le cap des 24h, c’est ainsi que je dors 8-10h par nuit et puis plus rien pendant plusieurs nuits, c’est ainsi que j’aime avoir du plaisir et en donner, c’est ainsi que je bois des litres d’eau la nuit et rien pendant la journée.
Ce n’est pas très équilibré, sûrement, mais j’écoute mon corps et jusqu’ici il s’équilibre très bien ainsi.
Même si ça signifie dormir à 21h après avoir re-mangé du fromage après une pizza 4 fromages.
C’est que, tu vois, je dois manquer de calcium.
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25 12 / 2011
Tu prends toute la place.
Avant-hier, je déjeunais avec un ami quand ça m’a cloué. J’ai détesté. J’ai détesté ta douleur, bien sûr, mais j’ai surtout détesté son regard, sa sollicitude, sa compassion. Ce n’est pas son genre et puis ce n’est pas le mien non plus.
Mais surtout j’ai détesté parler de toi, devoir t’expliquer.
Je me suis réveillée ce matin en pensant que tu prenais trop de place, que tu prenais toute la place même.
Avant je me plaignais mais je ne disais pas que j’étais malade, maintenant j’ai érigé ce mot comme un bouclier contre la vie en général. Et ça ne me ressemble pas plus que mes gémissements incessants.
Je n’ai que ton nom à la bouche, je ne me définis plus que par toi. J’en ai marre de toi. Je vais te filer des coups de pieds au cul, je vais t’extirper au forceps, mais tu vas sortir de ma tête. Je te donnerai du lest, je t’accorderai de temps en temps une crise de larmes dans la baignoire mais cela s’arrête là. Tu as ruiné mon ego plus sûrement qu’un rejet amoureux, tu as fait de moi ce monument d’indulgence pour sa propre personne et ça, ça, c’est vraiment insupportable.
Alors, Va.Te.Faire.Foutre. Et basta.
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10 12 / 2011
“Tu seras ma dernière seconde.”
Je ne suis pas une amie très présente.
Je ne peux pas mentir, je ne peux pas faire semblant, je ne suis pas une amie très présente. J’aime la solitude, l’éloignement. J’ai tendance à calquer, à projeter cet aspect de ma personnalité sur les gens qui m’entourent. Alors je laisse du lest, je prends le large comme j’aime qu’on m’en laisse.
Je peux avoir des accès, des besoins d’intense présence, souvent en début de relation, mais ils sont éphémères.
Cela ne veut pas dire que je n’aime pas mes gens.
Il arrive un moment dans la vie, la vie d’adulte comme on appelle ça, où on fait la paix avec soi-même, où l’on arrête de combattre des penchants et des démons et où on les embrasse. Cet état de fait me permet d’avoir une confiance absolue en qui je suis, ce que je fais et ce que je ressens, mais également une grande tolérance, une grande écoute envers les autres. Non pas une compréhension de l’autre, mais une acceptation absolue de ce qu’ils sont.
De leurs plus grandes qualités, mais aussi de leurs plus grands défauts, de leurs penchants et de leurs démons.
Alors, s’il est parfois nécessaire de dire et d’expliquer, soit, je dis et j’explique.
Je ne suis pas une amie très présente, mais cela ne veut pas dire que je ne vous aime pas, que je ne pense pas à vous, que je ne suis pas là. Seulement je suis là à ma façon.
Certains pourraient penser que leur amitié à mon égard est à sens unique. C’est simplement que je ne suis pas démonstrative, c’est simplement que je préfère que vous veniez à moi, quand vous pouvez, quand vous voulez, quand vous avez le temps et l’énergie.
Et je viendrai à vous quand je peux, quand je veux, quand j’ai le temps et l’énergie.
Et si je ne viens pas, ce n’est pas que je vous aime pas.
Et en aucun cas que nos routes se séparent.
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06 12 / 2011
Cette ville ne sait pas choisir.
Lyon ne sait pas choisir. Lyon hésite entre le soleil, et la pluie alors c’est un jour sur deux.
Lyon hésite entre le métro et le bus alors elle met peu de métro et des bus qui marchent mal.
Lyon hésite entre les quartiers chics et les barres d’immeubles alors le Cours Lafayette - enfin tu vois.
Elle hésite entre les bureaux et les maisons alors elle ne choisit pas.
On se promène dans des quartiers hybrides, le béton et les arbres, les enfants et les routes.
Je la comprends, moi je déteste choisir également.
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17 11 / 2011
Mari says: Happy Spleen.
C’est après m’être longuement demandé ce que ça pouvait bien être que je suis arrivée à définir un peu de sa substance et à lui trouver un petit sobriquet.
C’est le “happy spleen”, le spleen heureux, composé d’un mot somme toute eighties au possible, affublé d’un adjectif pour lui reconnaître…
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28 10 / 2011
Un soir en automne
Pot de départ, j’embrasse les collègues, je reçois un cadeau un peu impersonnel, ça me fait rire mais je ne leur en veux pas, je les aime bien quand même.
Déjà joyeuse, je me mets en route vers la fête de départ de J. lui aussi s’en va, et puis j’ai promis, et puis cela fait trop de faux bonds déjà.
J’arrive dans un appartement plein à craquer de gens que je ne connais pas, ça me va. On me sert un verre, je croise Antoine et Marion, on discute un peu ensembles. Je crois comprendre que ce sont les seuls ici que je connais. J. me présente une fille, elle a l’air de savoir qui je suis, me donne un alias twitter, je hoche la tête avec un sourire gêné, je ne sais pas qui c’est mais elle a l’air de me connaître. Cela se reproduit deux fois, trois fois et on remplit mon verre, quatre fois, cinq fois. Je me dis que c’est pas grave, que je décompresse. A. arrive, je suis surprise, mais plutôt contente. Je m’aperçois que les verres d’alcool me font répondre “je connais pas” à voix haute aux gens qui me donnent leur alias. Eux ont l’air de tous me connaître. Je ne sais pas si c’est J. ou l’extension normale du compte alors je ne peux même pas le fusiller du regard.
Le moment le plus bizarre fut ce garçon ressemblant vaguement à J. (j’aurais pensé un cousin, on m’a dit un ami d’enfance) qui se dirige d’une traite vers moi : “c’est toi B. ? J’ADORE TES LUNETTES !!” - mes lunettes habituelles sont toujours en réparation donc je porte mes affreuses binocles de chercheuse. Il me plante deux bises sonores sur les joues et commence à m’entretenir des qualités de Lille versus Lyon, je ne sais pas quoi répondre et je n’ai pas envie de discuter de ça. Antoine vient à mon secours, on entonne de vieilles chansons ringardes, Sardou, Johnny, Bachelet.
A. gravite autour de moi, elle sent bien que la pression des derniers jours se relâche, que je suis tout à la fois plus du tout moi-même et complètement moi-même. Mes barrières sociales se rompent, je suis tout à coup très fatiguée. A. me raccompagne au métro, qui affiche 7mn. Il ne viendra jamais. Une fille complètement paumée en short et collant troué et chaussettes hautes à rayures noires et jaunes me raconte qu’elle s’est fait piquer son sac pendant son bizutage et qu’elle ne sait pas quoi faire. Elle me dit qu’elle vit à Europe, que sa coloc est là. On sort du métro, j’attrape un taxi à la volée et la met dedans. Je marchande avec le taxi, lui donne 10€, et des conseils de maman : faire opposition dès qu’elle rentre, faire une déclaration de vol, ect.
Je prends mon taxi juste après, il a vu ce que j’avais fait, il me dit que je me suis faite avoir, “pigeonnée”, je souris, c’est sûrement vrai, très vrai mais si ça ne l’est pas, j’aurais aidé quelqu’un et c’est bien.
Je m’endors un peu sur le trajet. Je rentre.
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26 10 / 2011
Chère amie,
Je pars bientôt mais je voudrais te dire que je ne t’abandonne pas.
Si tu relèves ton courrier régulièrement, tu verras comme je t’écris toutes les semaines.
Ici pour l’instant, l’indolence ne cède pas encore un bout de terrain à la pression, je prends la vie comme elle vient. Dans quelques jours, ce sera une autre affaire.
Comment vas-tu, toi ?
Je m’endors bercée par le bruit de la pluie, la musique jazz dans mes oreilles, je regarde de beaux catalogues de décoration, je cherche un buffet pour la nouvelle cuisine. Tu viendras voir, j’en suis sûre.
Je suis allée changer les verres de mes lunettes, in extremis à mon habitude. Pas changé les montures, pas envie, ennui. C’est une bataille à chaque fois, je préfère passer dessus pour cette fois (ou dessous, si tu considères cela comme une faiblesse - c’est à voir).
Je n’ai pas travaillé non plus, c’est l’anonisme le plus total en vérité.
Donne-moi des nouvelles de toi
Je t’embrasse.
